Écouter Ben Mazué chanter, c’est retrouver un peu de soi au détour d’un texte. Ses titres racontent l’amour qui se transforme au gré des épreuves, les liens qui durent ou se défont. Toutes les émotions, pourvu qu’elles soient universelles. Il vit depuis six mois à la Réunion mais on aime tellement sa musique qu’on lui a écrit pour l’inviter au bureau. On a eu de la chance : il allait bientôt passer à Paris et il a répondu oui. Voilà tout ce qu’on s’est dit.


Quels étaient tes rêves d’enfant ?

Des rêves d’enfants, j’en ai encore. Quand tu es enfant, tu ne raisonnes qu’à partir du rêve. Et plus tu grandis, plus tu raisonnes à partir de la compétence. Moi, j’ai toujours des rêves d’enfant, mais je n’ai pas du tout de mal à les abandonner quand je me rends compte que je n’ai pas la compétence. Par exemple, j’ai beaucoup rêvé de faire du bateau. Traverser l’océan avec sa maison, je trouvais ça super beau. Alors quand j’étais en première année de médecine, je suis parti me former trois semaines aux Glénan, avant de me dire que c’était pas mon truc.

J’ai beaucoup rêvé d’être sportif de haut niveau, quel que soit le sport. J’aimais l’idée d’être applaudi pour une performance sportive. Ce sont des applaudissements assez purs : soit tu mets un but, soit tu ne le mets pas. J’ai aussi beaucoup rêvé d’amour. De vivre une grande et belle histoire d’amour.

Rêver reste un moteur. Je tente et si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis. Le fait d’être parvenu à quelque chose dans la musique, ça m’a permis de comprendre qu’on avait le droit de se lancer sans se sentir légitime au début.


La musique, c’était un de tes rêves ? C’est venu comment ?

C’était plus qu’un rêve. C’était un besoin. À force d’en faire, je me suis retrouvé avec des gens dont c’est la profession. Ça a grandi comme ça, plutôt qu’en me disant qu’un jour je serai chanteur. Je pense que j’ai toujours été chanteur. Chanteur de salle de bain, mais chanteur.

Ce n’est pas évident comme activité professionnelle parce que ce n’est pas professionnel. La musique, c’est nourrir une bête intérieure. C’est voyager, aller au cinéma, prendre du temps pour rencontrer des gens… Quand j’ai quitté la médecine, j’ai transposé sa discipline sur la musique. Je me levais tôt, j’essayais d’écrire des chansons et ça ne venait pas. Puis j’ai réalisé que la manière la plus professionnelle de faire de la musique, c’est de se rapprocher de l’amateurisme. De créer l’alchimie, l’émotion que l’on ressent en tant qu’amateur.


Comment concilier une vie de chanteur avec une vie de papa, de mari ?

Je n’ai pas la réponse. Je ne sais pas si j’y arrive. J’essaie d’être solide sur mes appuis, de ne pas m’excuser de mon métier. Quand on est chanteur en tournée, on n’est pas là le weekend, mais on est très présent la semaine. On n’est pas un bon parent de bébé à cause de l’absence. Mais je pense qu’on est un très bon parent d’ado parce qu’on a poursuivi ses rêves. C’est parlant pour un adolescent qui se pose des questions sur ce qu’il veut faire.


Tes chansons naissent-elles de tes expériences personnelles ?

J’essaie de ne pas trop parler de moi parce que ce n’est pas intéressant. Je préfère parler d’émotions partageables. Par exemple, les difficultés liées à ma vie de papa et de musicien, ce n’est pas intéressant. Mais le fait d’avoir perdu ma mère, c’est une émotion universelle. Et parfois, je croise des gens qui ont l’air de présenter un schéma de caractère, par exemple la femme idéale. Là aussi, c’est partageable. La démarche est un peu la même que pour un humoriste qui commencerait son sketch par « Je sais pas si vous avez remarqué… ».


Tu chantes les liens d’amour qui unissent le couple, la famille, dans leur totalité. Les beaux moments comme les moments plus sombres. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas un choix. C’est la mère de mes enfants qui m’a donné la force de me lancer dans la musique donc elle traverse mes albums depuis le début. Dans Évidemment, le titre « C’est léger » parle de notre rencontre. Sur l’album d’après, je raconte l’arrivée de nos enfants. Et dans l’album La Femme Idéale, je parle de notre histoire dans « J’attends » et « 10 ans de nous », parce que ça me fait du bien, c’est thérapeutique.

Je trouve ça beaucoup plus fort de parler de l’amour qui dure en essayant d’être le plus lucide possible. D’en parler autrement. Je ne crois pas qu’il y ait un salut particulier à vivre une longue histoire. Une belle histoire d’amour n’est pas toujours une histoire qui dure, contrairement à ce que l’on montre dans les films, la littérature. On n’apprend pas que ça peut s’arrêter quand on est enfant.


Dans Illusion, tu parles de la manière dont un père et son fils font illusion pour communiquer. Pourquoi est-il parfois si compliqué de se parler vraiment, entre membres d’une même famille ?

J’ai beaucoup d’admiration pour les familles qui parlent, qui se disent les choses. J’imagine qu’on ne dit pas tout pour se préserver. Et j’ai l’impression que ce qui pose problème en famille, c’est ton changement de position sociale. Par exemple, je suis le petit dernier dans ma famille. Et quand j’y retourne aujourd’hui, je suis à nouveau le petit dernier ! C’est une question d’équilibre à préserver entre les membres de la famille. Un équilibre qui reste instable, on le voit quand quelqu’un part ou quand quelqu’un arrive.


Dans La mer est calme, tu parles des grandes lames qui ébranlent un couple. L’arrivée d’un enfant, était-ce une de ces grandes lames ?

Oui ! Mais ça rapproche aussi. On a l’impression que les enfants, ça va être difficile à gérer parce que ça va mettre le couple à l’épreuve. C’est fatiguant, on a moins de liberté, on baise moins, on voit moins ses potes. Alors que pour moi, le plus difficile, ça a été la pression des responsabilités que cela met sur le couple. Chaque embrouille prend des proportions énormes. Mais l’arrivée d’un enfant, c’est aussi un rapprochement exceptionnel ! Et avec ma femme, avoir des enfants c’était une évidence.


Quel papa es-tu ?

Je ne suis pas très constant, ça c’est sûr. Là, ça fait six mois qu’on est à La Réunion donc je suis très présent. Parfois je le suis beaucoup moins. Avec mon métier, je vis selon une périodicité qui n’est pas habituelle.

Je ne suis pas le pote de mes enfants. J’incarne plus l’autorité que ma femme. Mais on rit beaucoup aussi, surtout avec mon fils de sept ans. À cet âge, le second degré fonctionne et faire rire ton enfant avec une blague que toi-même, tu trouves drôle, c’est génial.

J’aime beaucoup la transmission, leur apprendre des trucs. Je suis très verbal. J’adore parler, expliquer, discuter, analyser les choses avec eux.

Je suis exigeant aussi. J’ai été élevé dans un creuset où l’important, c’était de faire de son mieux. Dans la famille de ma femme, l’important c’était d’être heureux. Je pense que c’est une bonne alchimie : une mère qui te dit « sois heureux », et un père qui te dit « fais de ton mieux ». Ça permet de choisir. D’ailleurs, j’ai toujours su qu’elle serait une mère formidable parce qu’elle a ce gène du bonheur.


Qu’aimerais-tu transmettre à tes enfants ?

Une certaine audace. J’aimerais bien qu’ils soient audacieux, drôles aussi. Et qu’ils aient confiance en eux.

1 commentaire

  1. 1 juillet 2019, 13h21

    Quelle belle interview ! Merci !

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