À quel moment a-t-on le plus de chances de trouver une place en crèche ? Qu’est-ce qu’on y fait toute la journée ? Et la crèche, ça convient vraiment à tous les enfants ? On a demandé à Marielle Gruel, éducatrice de jeunes enfants depuis 30 ans et directrice d’une crèche en Bretagne, de tout nous dire sur ce mode de garde.


Comment trouver une place en crèche ?

Ce n’est pas simple dans toutes les régions. En Bretagne, on manque de places mais l’offre est quand même importante. En région parisienne, c’est beaucoup plus tendu.

Tout dépend du type de crèche. Les places en crèches municipales sont soumises à des critères d’attribution. Par exemple à Rennes, les familles monoparentales sont prioritaires. Ces critères n’existent pas dans les crèches privées, mais il n’y a pas toujours de place. En été et en septembre, des places se libèrent souvent car certains enfants entrent à l’école. Et quel que soit le type de crèche choisi, il vaut mieux commencer les recherches au moins 6 mois à l’avance pour être sûr de trouver une place.


Comment bien choisir une crèche pour son enfant ?

En plus de rencontrer l’équipe éducative, il faut lire le projet pédagogique de la crèche. Chaque crèche doit le rédiger pour obtenir son agrément, et le mettre à la disposition des parents. Il détaille le fonctionnement de la crèche, ses valeurs, comment le programme d’une journée type, l’organisation de l’équipe.

Je conseille aussi de visiter les locaux et de se renseigner sur les qualifications du personnel. La personne qui dirige la crèche doit avoir un diplôme de puériculture ou être éducateur(rice) de jeunes enfants. Le diplôme d’auxiliaire de puériculture et le CAP petite enfance sont deux autres qualifications adaptées pour l’équipe.


Quelles questions poser à l’équipe ?

En plus de se renseigner sur ses qualifications, il faut lui demander combien d’enfants sont accueillis à la crèche et combien de personnes sont là pour les encadrer. La réglementation prévoit au minimum 1 adulte pour 8 enfants qui marchent, et 1 adulte pour 5 enfants qui ne marchent pas.

Il faut aussi s’informer sur les valeurs de la crèche. Par exemple, une crèche peut s’engager à respecter le rythme de sommeil de chaque enfant, alors qu’une autre crèche mettra en place des temps de sommeil communs à tous les enfants. Cela reste un mode de garde en collectivité, pas être aussi personnalisé qu’à la maison, mais c’est important de trouver une crèche avec des valeurs pédagogiques en accord avec celles que l’on a choisies pour ses enfants.

 

Quels sont avantages de ce mode de garde ?

On travaille en équipe. Il y a donc toujours quelqu’un pour s’occuper de l’enfant, quelqu’un pour prendre le relai si besoin, ou pour gérer les situations compliquées. À la crèche, les enfants ont aussi accès à des activités variées, car les locaux et l’équipe permettent de les proposer plus facilement que si l’enfant est gardé par une seule personne à la maison. Un autre avantage : le personnel a reçu une formation pointue sur le jeune enfant. Ce n’est pas toujours le cas lorsqu’on se tourne vers une assistante maternelle.


Est-ce que la crèche convient à tous les enfants ?

Je dirais que la crèche convient aux enfants âgés d’au moins 1 ans et demi. Vers 15-18 mois, l’enfant a assez construit sa personnalité, il apprend à marcher, à parler. Il commence à pouvoir dire non, à se défendre, il n’est plus en totale dépendance avec les adultes et les autres enfants. Pour un bébé de 2 mois et demi,  cet environnement peut être agressif à cause du bruit, des visages qui changent sans cesse… Ce n’est pas un âge où l’enfant est prêt, physiologiquement et psychologiquement, à aller vers les autres.

Beaucoup de parents pensent que l’enfant va se socialiser plus rapidement à la crèche, mais ce n’est pas le cas. Être socialisé, ça veut dire pouvoir intégrer la loi, les règles. Faire partie de la société. La socialisation commence donc véritablement vers 2 ans et demi, juste au moment d’entrer à l’école. L’enfant est alors capable de voir l’un de ses copains jouer sans forcément vouloir prendre son jouet. Il est capable de respecter les autres car il sait que ce sont des êtres à part, différents de lui. Avant cet âge, il n’en a pas encore conscience. Et on ne peut pas accélérer ces rythmes de développement.

Les crèches par section offrent une bonne alternative. Elles sont plus rares, mais elles permettent de garder les enfants par tranche d’âge et de mieux respecter leurs besoins. Pour les bébés, c’est l’idéal.


Que mettre dans le sac de son enfant pour une journée à la crèche ?

Son doudou, ou quelque chose qui lui rappelle son univers familial. S’il n’a pas de doudou ou s’il est trop petit pour en avoir un, on peut mettre un tissu ou un lange qui a l’odeur de sa maman. Le reste dépend de ce dont l’enfant a besoin, de ce qui est fourni ou pas à la crèche.


Comment se passe une journée type ?

Dans la crèche que je dirige, la journée commence par un temps d’accueil. L’équipe dit bonjour à l’enfant, lui demande comment s’est passée la soirée. Certains enfants vont très vite jouer, d’autres sont plus stressés ou triste de quitter leurs parents pour la journée donc on trouve de petites diversions pour les aider. On demande toujours aux parents de prendre le temps de dire au revoir à l’enfant, même s’il pleure. Il ne faut pas partir quand l’enfant a le dos tourné.

Ensuite, les enfants jouent librement pour se retrouver tous ensemble. On donne les biberons aux plus petits, les collations aux plus grands. Et dans la matinée, on leur propose des activités : peinture, pâte à modeler, motricité, pâtisserie, cuisine… On termine la matinée par un temps calme avec des comptines, des chansons ou des marionnettes, pour faire redescendre la pression avant le déjeuner.

Les enfants déjeunent tous ensemble, puis ils jouent un peu avant la sieste des plus grands. Les plus petits dorment quand ils le souhaitent. On laisse les grands se lever à l’heure qu’ils veulent, souvent vers 15h30. On goûte, on sort jouer dehors. Les enfants jouent librement en fin de journée car vers 17h30, les parents commencent à arriver donc il n’est plus possible d’organiser d’activité en groupe.


Quelle(s) question(s) les parents te posent-ils le plus souvent le soir ?

Est-ce qu’il a bien mangé ? C’est LA question récurrente. Ça rassure de nombreux parents de savoir que les enfants ont bien mangé, avant de savoir s’il a bien dormi, ce qu’il a fait… C’est plutôt l’équipe qui devance les questions des parents, pour leur raconter la journée, comment ça s’est passé avec les copains.


Comment se passe l’entrée de l’enfant à la crèche ?

On n’accueille jamais les enfants directement pour une journée complète. Dans ma crèche, on organise une période d’adaptation, souvent sur une semaine. Le premier jour, l’enfant et l’un de ses parents viennent ensemble à la crèche, on se présente, on visite les locaux. Le lendemain, l’enfant passe une ou deux heures seul à la crèche. Le troisième jour, il passe toute la matinée avec nous et il prend un repas ou un biberon sur place. Et si tout se passe bien, l’enfant reste pour sa première journée complète à la crèche. Sinon, on recommence avec une matinée, jusqu’à ce que l’enfant soit prêt à rester toute la journée. 


La crèche prépare-t-elle à l’entrée à l’école ?

Elle prépare l’enfant à la vie en collectivité. La séparation peut être plus difficile pour une enfant qui n’a jamais été gardé en collectivité. Mais un enfant qui a été gardé à la crèche et se sépare facilement de ses parents le matin n’est pas forcément plus autonome ou mieux dans sa peau. Cela veut juste dire qu’il est habitué à le faire.

Faire garder son enfant à la crèche ne permet pas non plus de prendre de l’avance pour l’école. La crèche renforce ce qui est déjà transmis à la maison, elle propose de nouvelles choses, mais elle ne peut pas compenser ce qui n’est pas fait. Et c’est d’abord à la maison que l’éducation se fait, même après l’entrée à l’école. L’enfant valorise d’abord ce que ses parents lui transmettent car c’est auprès d’eux qu’il construit ses bases affectives. Passer du temps avec ses enfants, leur raconter des histoires, faire des activités avec eux en famille, c’est ça qui fait la différence. Et c’est ça qui permet aux enfants de profiter de toute la richesse de la collectivité.

 

Photo : wanted

1 commentaire

  1. 25 août 2019, 9h47

    Super article ! En tant que professionnelle, je pense que vous répondez à bien des questions que les parents se posent… Et qui sont bien légitimes !

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