Fausse joie

28 juin 2018

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Souvent, tout se passe bien : du test de grossesse à l’accouchement, ce bébé prend de plus en plus de place en nous, jusqu’à la naissance tant attendue. Mais donner la vie n’est pas toujours aussi simple. Près d’une femme sur trois est confrontée à une fausse couche. Le plus souvent au premier trimestre, parfois plus tard. Confession d’une jeune maman, qui est passée par là.

« J’étais en pleine forme, c’était ma première grossesse et tout le monde me disait que cela m’allait à ravir. J’avais passé le cap fatidique des 3 premiers mois – 10% des grossesses se terminent par une fausse couche au 1er trimestre, ouf j’étais sauvée ! J’avais annoncé l’heureuse nouvelle à ma famille, mes amis, au bureau. J’avais même acheté mes premiers jeans de grossesse.

Un rendez-vous de contrôle chez mon gynéco comme tous les mois depuis 4 mois… et tout a basculé. Le verdict était sans appel. Le cœur de mon bébé ne battait plus. Je faisais une fausse couche dite tardive. A ce stade de la grossesse, pas de comprimé, pas de curetage, il faut accoucher en urgence à l’hôpital : péridurale et tout le tralala, comme « pour de vrai ».

Je ne sais même plus comment j’ai réussi à prendre ma voiture pour rentrer chez moi. Je ne sais plus comment j’ai réussi à dormir. Je me souviens de mon petit ventre bien rond et de mes yeux tout rouges attendant mon tour à l’hôpital, au milieu des « vraies » femmes enceintes. J’ai eu la chance d’être extrêmement bien entourée par ma famille, mes amis et mon gynéco. Le staff de l’hôpital était aux petits soins pour mon mari et moi. A l’exception de cette infirmière qui, le lendemain de l’accouchement, est rentrée dans ma chambre et m’a demandé si j’allaitais. Stupéfaction.

Je me souviens des médecins qui me rassurent en me disant que ça arrive plus souvent qu’on ne pense, que nous sommes des milliers de femmes à faire des fausses couches avant de devenir maman, que « la nature fait bien les choses ». Cet argument si douloureux… On vous le sort à tour de bras quand vous perdez un bébé.

Je me souviens que quand le bébé est sorti, on nous a demandé si on voulait le voir, si on voulait connaître le sexe. Je me souviens que c’était le pire moment de ma vie, le plus triste, le plus douloureux, le plus incompréhensible, le plus injuste. Je pense encore souvent à ce petit ange.

Mais je sais que je ne suis pas seule. Je sais maintenant qu’une femme sur trois fait l’expérience d’une fausse couche au cours de sa vie. Que ça peut se produire beaucoup plus tard au cours de la grossesse… J’ai soutenu certaines de mes amies qui ont dû passer par plusieurs fausses couches avant de devenir maman. Et je ne comprends toujours pas pourquoi ce phénomène pourtant super fréquent reste aussi tabou. Quand j’en parle, je sens que mes interlocuteurs sont toujours un peu gênés. Mais pourquoi ? Parce qu’ils ne savent pas comment réagir ? Parce que c’est trop intime ? A eux, j’ai envie de dire que pour surmonter une telle épreuve, il faut déjà l’accepter.

Et dans mon cas, cette acceptation s’est faite quand j’ai eu la chance de devenir maman. J’ai eu deux petites filles, j’attends un petit garçon. J’ai fait une autre fausse couche au premier mois de grossesse. Je l’ai beaucoup mieux vécue, parce que plus tôt, parce que mieux préparée, parce que déjà maman… Alors j’ai envie de partager un message d’espoir : si vous passez par-là, sachez qu’on peut s’en remettre, que la vie est plus forte que tout. »

5 commentaires

  1. 29 juin 2018, 10h39

    Quel magnifique article ! Il est tellement riche d’espoir ! “la vie est plus forte que tout”. Merci pour ce billet qui parle sans tabou de la fausse couche. Je te souhaite que du bonheur dans ta vie familiale. Je suis sure que ton petit ange n’est jamais loin…

  2. Mathiilde
    29 juin 2018, 11h16

    Un jolie message.. !!

  3. 29 juin 2018, 12h38

    C’est terrible, ce que vous avez vécu. J’ai à mon actif (au moins) 5 fausses couches précoces. Plus de 80% de mes grossesses n’aboutissent pas. Six grossesses, un bébé vivant. Va savoir pourquoi, des pistes, aucune réponse. C’est douloureux, même si j’ai “la chance” que cela se fasse tôt. Je vois mon corps comme un traître, un tueur et ma fille comme une sacrée miraculée.

  4. Julie
    30 juin 2018, 17h57

    Merci pour ce bel article.. Je suis passé par la aussi, je suis tombé de haut aussi, et j’ai moi aussi eu à faire à ces gens mal à l’aise quand on en parle.. Alors à mon petit niveau, j’ai expliqué, fait part de mon expérience à mes amis, pour que ce moment si douloureux ne soit pas tabou, et que surtout, si cela arrivait à une de mes amies, elle ose m’en parler sans peur ni gêne.

  5. 1 juillet 2018, 18h52

    J’ai vécu deux fausses couches précoces. Ca a été très dur à chaque fois, mais au-delà de la fameuse écho du premier trimestre je n’ose pas imaginer à quel point la douleur doit prendre aux tripes.

    Certaines femmes qui viennent de faire une fausse couche (accouchement ou curetage) sont mis en chambre double avec des femmes qui viennent d’accoucher. Je trouve ce traitement inhumain.

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