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30 ans tout juste et déjà un (sublime) premier long-métrage…  Mon beau-frère est un artiste ! Vladimir (qui nous avait prêté son sourire pour le lancement de notre premier sweat WE ARE FAMILY) sillone en ce moment la France pour présenter son film : MOBILE HOMES. Le parcours poignant d’Ali, jeune femme tiraillée entre sa liberté et sa responsabilité de mère.

Vlad est devenu réalisateur aux Etats-Unis, y a étudié d’abord, puis pensé Mobile Homes version court-métrage et tapé dans l’œil de Spike Lee en personne. Ensuite au « court » a succédé le « long », tourné au Canada et monté en France. Mobile Homes a d’abord été projeté à la Quinzaine des Réalisateurs l’année dernière à Cannes, avant de faire la tournée des festivals, de rafler quelques jolis prix et mentions spéciales, à Athènes, au Mexique ou à Cabourg  (des mains de Marion Cotillard et Camille Cottin), et d’atterrir enfin dans nos salles, partout en France et sous nos yeux admiratifs.

Ali et Evan vivent de menus trafics en sillonnant les routes entre les Etats-Unis et le Canada. Ils y mêlent le très jeune Bone (fils d’Ali) et passent les semaines ainsi tous les trois sur le fil du rasoir. Ali avance, tiraillée entre cette vie libre mais dangereuse, et sa responsabilité de mère. Vladimir de Fontenay filme ainsi l’errance, la force et la fragilité de ce trio inconscient, dans une Amérique rude, hivernale et chaotique. L’histoire nous embarque et le souffle parfois nous manque, on y revisite inconsciemment notre idée du foyer, de l’éducation et de l’amour maternel. C’est beau et envoûtant.

Notre admiration pourrait encore s’étendre en longues lignes lyriques, mais c’est Vlad qui en parle le mieux, et comme j’ai la chance d’avoir épousé son frère…

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Vlad, le film traite en particulier du rôle de la mère, de ses sentiments comme de ses responsabilités. Peux-tu nous parler un peu de cette femme qui devient “mère” ? Nous dire comment t’est venue l’idée de ce personnage ?

“Ali se laisse un peu porter par la vie avec l’homme qu’elle aime sans trop se soucier des autres autour d’elle, et finit par le payer cash. Pour son fils, qui en est la première victime, elle doit vite faire un choix entre sa liberté et sa responsabilité de mère.

En fil rouge du film je souhaitais raconter le destin de cette femme qui devient “mère” le jour où elle décide de s’arracher à son enfant.

Elle est sous l’emprise d’un homme qu’elle aime et qui l’aime, mais très vite Ali doit protéger son enfant du monde chaotique dans lequel son amour l’a plongé, puis de son beau père, et enfin… d’elle même. Je me suis demandé si ce geste dans certaines situations de crise où l’enfant est mis en danger, ne pouvait pas s’avérer être un acte “maternel”.

Le psychanaliste Marc Strauss résumait il y a quelques jours à l’issue d’une projection en présence de nombreuses association d’accompagnement des jeunes adultes en ces mots:  “C’est quand Ali accepte de perdre son enfant qu’elle peut enfin l’avoir, qu’il peut venir à elle alors que rien ne l’y oblige, sinon l’amour.” J’ai trouvé ça très beau.”


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Imogen Poots, Vladimir de Fontenay et Frank Oulton, sur le tournage de Mobile Homes

Impossible, forcément, de ne pas évoquer la copie rendue par Imogen Poots, sublime tout du long. Avez-vous beaucoup discuté du rôle elle et toi ? On imagine la préparation, et en même temps l’émotion semble presque naturelle, à la voir évoluer dans le film.

“Imogen et moi on s’est rencontré par l’intermédiaire d’une directrice de casting que nous connaissons tous les deux. J’ai su qu’elle voulait défendre un premier rôle chargé émotionnellement et très physique comme celui d’Ali. Elle s’est jeté corps et âme dans ce personnage en y apportant toute son intelligence de comédienne, sa sensibilité, et son naturel.

Nous avons parlé du rôle, je lui ai fait lire Raised by Wolves de Jim Goldberg que je feuilletais beaucoup pendant la recherche de l’univers du film, et fait écouter tout un tas de musique qui accompagnent le quotidien du jeune couple. Imogen a aussi pris des cours de diction, changé sa démarche, et  nous avons beaucoup discuté de choses très concrètes comme la façon dont Ali s’habille, se maquille etc.  Imogen a réussi à apporter beaucoup de vie à ce personnage en ramenant beaucoup de douceur et de légèreté dans certaines scènes.

Ce qu’on attend d’un comédien c’est non seulement qu’il incarne le personnage, mais surtout qu’il s’approprie le rôle. Ali n’est ni Imogen Poots, ni le personnage écrit dans le scénario. C’est autre chose encore et c’est ça qui est riche: on s’échappe d’une idée trop figée du personnage et on voit ensemble où Ali nous emmène.

Imogen a rencontré Frank le premier jour du tournage ce qui nous a aidé a créer cette distance qui existe entre la mère et son fils au début de l’histoire, puis tout au long du tournage ils se sont rapprochés comme les personnages dans la fiction. J’essaye le plus possible d’installer une certaine forme de porosité entre la fiction (le film) et la réalité (le tournage) pour que la vie s’engouffre sur le plateau.”


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Imogen Poots et Frank Oulton, sur le tournage de Mobile Homes

Une question que tout le monde doit avoir aux lèvres, quand on voit la place de Bone tout au long du film : comment fait-on pour choisir et diriger un enfant si jeune ?

Pour l’enfant, je voulais un petit garçon qui n’avait jamais joué. Mon seul impératif c’était qu’il ait grandi dans une ferme car il devait être à l’aise avec les animaux et le monde des adultes. C’était important de pouvoir capturer son naturel à l’écran et je voulais éviter de faire tourner un enfant qui aurait déjà trop conscience de ce qui se joue (la caméra, le texte, les intentions..).

Frank Oulton vit dans une ferme avec ses parents et ses frères et soeurs à deux heures d’Halifax en Nouvelle Ecosse. Nous l’avons trouvé en faisant des castings sauvages (plus de 400 enfants ont passé l’audition) et Margaux Vallé (une jeune comédienne française) est venue rendre visite à Frank dans sa ferme pour le préparer à apprendre son texte et être filmé. Elle l’a “débridé” d’une certaine manière et quand il est venu faire les répétitions il était désinhibé et je pouvais commencer à travailler avec lui.

La famille était avec nous tout le long du tournage et sa mère échangeait beaucoup avec Imogen Poots pour la mettre dans les meilleurs dispositions pour jouer avec Frank.

Nous avons reçu toute la confiance de la famille et le tournage est devenu une véritable aventure collective.

A Cannes la maman de Frank m’a offert un livre de photos  de tournage qu’elle avait commencé à prendre avec son iphone le jour où Frank avait passé le tout premier casting pour le rôle de Bone. Il y a des photos de frank avec nous tous, pendant les mois de tournage. C’était le plus beau des cadeaux. Au delà du merveilleux souvenir, j’ai pris conscience avec ce livre de l’impact qu’une aventure comme celle là pouvait avoir sur un enfant de 8 ans et nous somme restés très liés.”

Foncez les yeux fermés dans les salles, pour mieux les ouvrir en grand et vous laisser porter par ce road movie poétique et bouleversant ! (et partagez-nous vos impressions).

* 7 raisons d’aller voir MOBILE HOMES, par Vanity Fair

** La liste des séances, par ici


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Vladimir et ses 3 frères, souvenirs souvenirs #wearefamily

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