En cette période inédite durant laquelle nos enfants doivent, eux aussi, composer avec le confinement, les jeux à la maison, les rythmes qui se brouillent et l’arrêt de l’école, nous cherchons à les occuper, à remplir les heures, à les stimuler. Sur Instagram, les idées créatives et pédagogiques émergent !

A côté de ce bouillonnement d’idées (pas toujours faciles à appliquer, c’est vrai), on laisse de côté un chose pourtant bénéfique pour nos petits : l’ennui…

 

L’ennui, terreau de la créativité.

Un post récemment publié sur Instagram a justement retenu notre attention. Celui de @eve.herrmann, maman et auteure :

« Il est clair, on ne pourra pas tenir 6 semaines à fournir activités sur activités à nos enfants…Et si on leur laissait le temps de s’ennuyer ? L’ennui peut être une bonne chose. L’esprit de nos enfants n’a que très peu d’occasions de s’ennuyer dans la vie de tous les jours. Ils sont constamment stimulés. Tous les moments sont remplis et c’est d’ailleurs pareil pour nous.
De ce fait ils pensent souvent que l’ennui est négatif (ils l’associent avec les personnes ennuyeuses) et détestent s’ennuyer. D’ailleurs ne viennent-ils pas nous voir après 2 secondes d’inactivité en disant : maman… je m’ennuie…. Pourtant les neuro-scientifiques parlent d’un mode de pensée différent quand on s’ennuie, qui permet de nouvelles connexions. C’est là que les idées peuvent prendre racine, germer et bourgeonner… L’ennui est une fonction humaine nécessaire à la créativité.
Aujourd’hui nous avons perdu la patience qui va avec l’ennui. Tout doit être rempli, tout doit aller vite. On perd patience dès que ça traine un peu : la queue au supermarché, la connexion internet, une réponse à un email qui ne vient pas assez vite… »

Une réflexion que partage les spécialistes de l’enfance.

Ce que l’ennui veut dire.

L’ennui des enfants peut-être source d’inquiétude surtout s’il est fréquent. Mais c’est aussi un besoin, comme le raconte Etty Buzyn, psychologue spécialisée dans la petite enfance, dans son livre Papa, maman, laissez-moi le temps de rêver ! L’un de ses jeunes patients âgé de 9 ans, qu’elle surnomme le “petit PDG” en raison de son emploi du temps chargé, rêvait de ne rien faire, de s’ennuyer un peu plus souvent.

Et l’ennui ouvre la voie à l’imaginaire, au rêve, à la créativité. Dans une étude de 2014, des universitaires britanniques ont demandé à des enfants de lister tout ce qu’il était possible de faire avec deux gobelets. La moitié d’entre eux avaient dû recopier une liste de numéros de téléphone, une activité peu stimulante, avant cet exercice. Ils ont pourtant trouvé plus d’idées que les autres enfants. Un moment d’ennui permettrait ainsi l’invention de nouveaux jeux, parfois de nouvelles bêtises, mais aussi de projets pour quand ils seront plus grands.

Car dans le vide de l’ennui, on trouve aussi l’espace et le temps nécessaire pour mieux se connaître. Pour la psychologue Sophie Marinopoulos “L’ennui est la rencontre avec soi-même, ses ressources et ses limites. L’ennui délimite et construit.” Car divaguer, se perdre dans ses pensées, c’est aussi assimiler ce que l’on a vécu et se préparer à la suite. À grandir par exemple. C’est particulièrement vrai à l’approche de l’adolescence. Pour le psychiatre Roger Teboul, ces moments d’ennui sont nécessaires pour construire son monde intérieur et accomplir “le processus de maturation [psychique] qui fait de l’enfant un adulte.”

 

S’ennuyer, ça s’apprend

S’il est bon de laisser aux enfants la liberté de s’ennuyer, il est essentiel de les accompagner, de les aider à faire de ces temps libres des moments constructifs. Dr Theresa Belton, chercheuse en éducation, conseille par exemple d’encourager le développement de “la curiosité, la persévérance, l’espièglerie et la confiance”. Ces qualités offrent à l’enfant des ressources pour apprendre à surmonter l’ennui par l’inventivité.

Si les idées ne viennent pas, et si l’ennui devient frustrant, on peut aider les plus petits à dépasser cette situation de manière créative. La psychologue Régine Demarthe conseille de leur proposer des jouets aussi simples que possible. Ils seront donc libres d’imaginer leurs usages et leurs possibilités. Elle suggère aussi de rester présent et attentif sans chercher à les stimuler, ou à influencer le cours de leurs jeux. Les enfants apprennent ainsi à s’occuper d’eux-mêmes, sans attendre la participation des adultes.

Faire l’expérience de l’ennui, ça s’apprend. Et ça apprend beaucoup aussi. Et si nous laissions nos enfants s’ennuyer sans culpabiliser ? Même (et surtout) en cette période marathon durant laquelle il faudra tenir la longueur avec patience et sérénité.

Photo : wanted 🙂

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