Maternité = félicité, vous êtes sûre ?
@_ericashaw

Le 5 janvier 2017, Emma, une blogueuse dessinatrice qui ne mâche ni ses mots ni ses pinceaux publiait une série de dessins intitulée vacancesSon billet, relayé et partagé sur facebook presque 25 000 fois a été commenté 1084 fois. Un succès.

Dans cette bande dessinée Emma revient sur une expérience insolite qu’elle a vécue il y a quelques années.
Il y a cinq ans j’ai repris le boulot à l’issue de mon congé maternité. A midi, mes collèges ont commencé à discuter de leurs plans pour les vacances d’été. (…) Moi je pars dans trois semaines en Bretagne on a loué une maison avec des potes. Hein ? Tu repars déjà en vacances ? Ça va, tranquille !”

Le missile verbal a bien atteint sa cible. L’onde de choc a provoqué chez elle un flash back illustré. Ce dernier débute le jour de son accouchement et s’arrête à la fin de son congé maternité, ou devrais-je dire de ses vacances. Emma évoque sans détour et sans filtre la métamorphose douloureuse d’une femme en mère. Elle dessine ce qu’on ne montre pas. Elle écrit ce qu’on ne dit pas.

L’inconnu. Le manque de sommeil qui devient torture, la solitude d’une jeune mère dans sa chambre à la maternité. L’incompréhension face à des pleurs incessants. Ce nouveau corps abîmé et changé à accepter. Et les autres, oscillant entre conseils douteux et emploi abusif du concept “post partum.”

A la lecture des commentaires sur la page Facebook d’Emma, l’intuition d’aborder un sujet brûlant devient certitude. La maternité idéale. Ce concept incroyable qui veut que donner naissance soit la panacée, le kiff ultime, le nirvana. On ne s’étonne alors pas qu’un congé maternité devienne dans l’imaginaire collectif des vacances de rêves.

C’est l’histoire d’un mythe. Le mythe de l’iné. Le mythe du facile et du fluide. 

Or devenir mère est un véritable rite de passage. Pour l’effectuer en douceur il faudrait être épaulée, informée et soutenue.
Par qui ? Tout d’abord par notre propre mère et à défaut nous, les femmes.
Comment ? Il faut raconter la maternité, la vraie et témoigner. Aujourd’hui Facebook et les blogs sont des armes d’information massive. Démystifier la maternité n’est pas la dégrader. Elle permet seulement à une femme de se préparer sereinement et consciemment à la grande métamorphose. Mettre au monde un enfant c’est beau mais ce n’est pas facile et les premières semaines d’une mère peuvent être les plus éprouvantes de sa vie. Sans oublier le marathon post congé maternité : trouver une nounou, reprendre le boulot et surtout : garder le rythme.

Si le web est une arme dont les femmes doivent absolument se servir pour briser les fantasmes, il faut veiller à ce qu’internet ne se retourne pas contre elles. Instagram peut être déloyal lorsqu’il se fait le miroir d’une certaine vanité maternelle. En véhiculant l’idée de perfection certains comptes vous donnent des complexes à vie et des tentations de dépression. J’ai par ailleurs toujours été amusée lorsque les instagrameuses légendent leur photo par un : “Désolée photo non IG compatible.” Quel est le problème ? La réalité n’est pas assez belle ou reluisante pour être montrée ? Ne cherchons pas à lutter contre les préjugés si nous manquons nous même de transparence.

Je suis d’accord avec l’idée de beauté. Il faut rêver. Mais si nous souhaitons lutter contre les incompréhensions et les fantasmes tâchons de rester honnêtes et mesurées.

Alors pour être heureuses et bien vivre sa maternité, tuons la mère parfaite. Et tout en aimant passionnément nos enfants osons dire haut et fort que non  “la maternité n’est pas toujours un lieu de délices.”

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